C. H. Herford, Percy Simpson, and Evelyn Simpson (eds), Ben Jonson, Vol. 11: Commentary; Jonson's Literary Record; Supplementary Notes; Index

Contents
Find Location in text

Main Text

XLIII. BÉAT-LOUIS DE MURALT

L'Angleterre, aussi bien que la France, a eu son plus haut Periodepour la Coméedie. Ben. Johnson, qui vivoit au commencement de ce Siécle, est le Poëete qui l'a portee le plus loin. Que ce soit luique les Anglois préferent à Moliere, à la bonne heure; puisque surtoutes sortes de sujets il faut qu'ils se préferent au reste du monde,on leur est bien obligé lors qu'ils choisissent les habiles d'entre euxpour empörter cette préference. Si pourtant il étoit permis de ne se pas soumettre à la décision de ces Mrs., et que sans trop m'avanturer j'osasse dire mon sentiment sur ce sujet, je dirois que Ben.Johnson, quoi que véritablement grand Poëete à certains égards, est pg 562inférieur à Moliere en beaucoup de choses. Il me paroit qu'il n'en a ni l'Esprit, ni l'heureuse Naïveté; il n'a connu absolument aucune Galanterie; il introduit beaucoup de Personnages méchaniques; Parmi le grand nombre de Piéces qu'il a faites, on n'en trouve que trois ou quatre qui soient fort bonnes; c'est dans la meilleure de toutes qu'il oblige un homme à se cacher sous une grande écaille de Tortuë, & á vouloir passer pour cet animal; au lieu que le Sac qu'on reproche a Moliere, n'est du moins que dans une espece de Farce qui l'assortit. Enfin il n'a pas osé former le héroïque dessein d'attaquer les défauts de sa Nation; & on. peut dire de lui, qu'il a fait beaucoup de bien à la Comédie Angloise, sans en faire aucun aux Anglois. II est vrai qu'il y auroit une chose à ajouter pour sa justification; c'est que Moliere avoit plus de matiere que lui, ou du moins de la matiere plus propre pour le Theatre: Les Caractéres en France sont generaux & comprennent toute une espece de gens, au lieu qu'en Angleterre, chacun vivant à sa fantaisie, le Poëte ne trouve presque que des Caracteres particuliers, qui sont en grand nombre, mais qui ne sçauroient faire un grand effet. Apres tout, il faut avoüer que Ben. Johnson est un Poëte judicieux, admirable à distinguer & à soutenir les Caractères qu'il entreprend, & dont les bonnes Pieces sont excellentes dans leur espece. Mais laissons là leurs bons Poëtes; ce ne sont guere ceux-là qu'on oppose à Moliere. C'est contre les Poëtes du tems, contre la préference qu'ils osent prétendre sur lui, qu'il s'agit de le deffendre; c'est-à-dire, qu'il faut vous faire connoitre le Théatre Anglois tel qu'il est aujourd'hui.

From Lettres sur les Anglois et les Francois, 1725, Lettre seconde, pp. 22–3. Molière's sack is in Les Fourberies de Scapin, act iii, scene ii.

logo-footer Copyright © 2019. All rights reserved. Access is brought to you by Log out